En bref. L’hypoglycémie est une baisse du sucre dans le sang en dessous d’un seuil qui dépend du contexte : il n’est pas le même chez une personne diabétique traitée et chez une personne non diabétique. Seule une glycémie veineuse, prélevée pendant les symptômes, permet de la confirmer.
Sueurs, tremblements, faim brutale, sensation de malaise en fin de matinée : beaucoup de personnes pensent « faire des hypoglycémies ». Parfois c’est le cas, souvent non. Le mot désigne pourtant une situation précise, qui se définit par un chiffre mesuré au bon moment et avec la bonne méthode. Cet article explique ce qu’est une hypoglycémie, comment le laboratoire la mesure, pourquoi un prélèvement mal conservé peut en créer une fausse, et quelles analyses le médecin peut prescrire pour en chercher la cause.
Qu’est-ce qu’une hypoglycémie ?
Le glucose est le principal carburant du cerveau. L’organisme maintient donc sa concentration sanguine dans une fourchette étroite, grâce à un équilibre entre l’insuline, qui fait baisser la glycémie, et plusieurs hormones qui la font remonter (glucagon, adrénaline, cortisol, hormone de croissance). Lorsque cet équilibre est rompu, par un excès d’insuline, un défaut de production de glucose par le foie ou une consommation excessive, la glycémie descend : c’est l’hypoglycémie.
La glycémie à jeun et l’hémoglobine glyquée, qui servent à dépister et suivre un diabète, sont présentées dans notre article glycémie et HbA1c : dépister et suivre un diabète. Ici, la question est inverse : que signifie un sucre trop bas, et comment le prouver ?
Deux situations très différentes
Parler d’hypoglycémie sans préciser le contexte crée des malentendus. Les sociétés savantes distinguent nettement deux cas :
- La personne diabétique traitée par insuline ou par certains médicaments qui stimulent la sécrétion d’insuline. L’hypoglycémie y est un effet indésirable connu du traitement, et elle est surveillée au quotidien, souvent au lecteur de glycémie.
- La personne non diabétique, qui ne prend aucun traitement hypoglycémiant. Ici, une vraie hypoglycémie est beaucoup plus rare et doit être documentée avec rigueur, car elle peut révéler une cause qui mérite d’être recherchée.
C’est pourquoi les seuils chiffrés ne sont pas les mêmes selon le cas, comme le montre le tableau suivant.
Les seuils retenus par les références médicales
Les repères ci-dessous sont ceux enseignés par la Société française d’endocrinologie et par les recommandations internationales sur le diabète. Ils sont donnés à titre de repères généraux : l’interprétation d’un résultat individuel revient toujours au médecin.
| Contexte | Seuil habituellement retenu | Ce qu’il signifie |
|---|---|---|
| Personne diabétique traitée | Glycémie inférieure à 0,70 g/L (3,9 mmol/L) | Hypoglycémie dite de niveau 1 : seuil d’alerte |
| Personne diabétique traitée | Glycémie inférieure à 0,54 g/L (3,0 mmol/L) | Hypoglycémie de niveau 2 : seuil à partir duquel apparaissent les signes de souffrance cérébrale |
| Personne diabétique traitée | Pas de seuil chiffré | Niveau 3 : hypoglycémie sévère, qui nécessite l’intervention d’une autre personne |
| Adulte non diabétique | Glycémie veineuse inférieure à 0,50 g/L (environ 2,75 mmol/L) | Seuil de référence, à interpréter avec la triade de Whipple |
Deux remarques s’imposent. Les unités diffèrent selon les habitudes : un même résultat peut s’écrire en g/L, en mg/dL ou en mmol/L, et il faut toujours comparer des valeurs exprimées dans la même unité. Par ailleurs, les seuils d’un compte rendu tiennent compte de la technique utilisée : les valeurs de référence varient selon les laboratoires.
La triade de Whipple : pourquoi un chiffre seul ne suffit pas
Chez une personne non diabétique, le diagnostic d’hypoglycémie repose sur trois éléments réunis, appelés triade de Whipple :
- Des symptômes compatibles avec une hypoglycémie ;
- Une glycémie veineuse basse, mesurée au laboratoire au moment de ces symptômes ;
- La disparition des symptômes lorsque la glycémie est corrigée.
Cette exigence a une raison simple : des malaises ressemblant à une hypoglycémie sont fréquents et ont de nombreuses autres causes (anxiété, malaise vagal, baisse de tension, troubles du rythme). À l’inverse, une glycémie un peu basse sans aucun symptôme, sur un prélèvement isolé, n’a pas la même signification. Nos repères sur la lecture d’un résultat hors des valeurs de référence s’appliquent pleinement : un chiffre isolé ne fait pas un diagnostic.
Les signes qui doivent faire penser à une hypoglycémie
Les manifestations se répartissent classiquement en deux familles, décrites dans les référentiels d’enseignement :
- Les signes d’alerte, liés à la réaction de l’organisme : anxiété, tremblements, sensation de chaleur, sueurs, pâleur, palpitations, nausées, faim.
- Les signes de manque de sucre au cerveau : difficultés de concentration, troubles de la parole, changement de comportement, troubles visuels, confusion, et dans les formes graves convulsions ou perte de connaissance.
Les signes d’alerte sont souvent les premiers, mais ils peuvent s’atténuer chez les personnes qui font des hypoglycémies répétées. Une perte de connaissance, une confusion ou des convulsions constituent une urgence : il faut appeler les secours sans attendre.
Glycémie capillaire ou glycémie veineuse ?
Le lecteur de glycémie au bout du doigt est un outil de surveillance précieux pour les personnes diabétiques traitées. Il permet de réagir rapidement, au quotidien, selon les consignes données par le médecin. Mais ce n’est pas un outil de diagnostic d’une hypoglycémie chez une personne non diabétique : les référentiels demandent une glycémie veineuse, mesurée au laboratoire sur un prélèvement au pli du coude.
| Glycémie capillaire (lecteur) | Glycémie veineuse (laboratoire) | |
|---|---|---|
| Usage principal | Surveillance quotidienne du diabète traité | Diagnostic et bilan |
| Prélèvement | Goutte de sang au bout du doigt | Prise de sang au pli du coude |
| Intérêt | Résultat immédiat, à domicile | Méthode de référence, contrôlée |
| Limite | Précision moindre dans les valeurs basses | Doit être prélevée au bon moment et bien conservée |
Les fausses hypoglycémies du tube
C’est un point que connaissent bien les biologistes et beaucoup moins les patients. Une fois le sang prélevé, les globules rouges et blancs présents dans le tube continuent à consommer du glucose. Si le tube attend trop longtemps avant d’être centrifugé, la glycémie mesurée baisse artificiellement, sans que la personne ait jamais été en hypoglycémie. On parle alors de fausse hypoglycémie, ou pseudo-hypoglycémie.
Pour l’éviter, les laboratoires appliquent des règles de préanalytique : délai maîtrisé entre le prélèvement et la centrifugation, et utilisation, lorsque c’est nécessaire, de tubes contenant un inhibiteur de la glycolyse (par exemple un fluorure). Ce risque est plus marqué lorsque le nombre de globules blancs est très élevé. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles un prélèvement réalisé à domicile suit un circuit de transport précis. Les étapes de contrôle qui encadrent un résultat sont détaillées dans notre article sur la fiabilité d’un résultat d’analyse.
Les causes que le médecin peut rechercher
Chez la personne diabétique traitée, la cause est le plus souvent liée au traitement : dose, repas sauté ou retardé, effort physique inhabituel, alcool. Le médecin ajuste alors la prise en charge.
Chez la personne non diabétique, les référentiels citent notamment :
- Certains médicaments, y compris des traitements qui ne sont pas destinés au diabète ; notre article sur les médicaments et les analyses rappelle pourquoi il faut toujours signaler ses traitements ;
- L’alcool, en particulier à jeun ;
- Une insuffisance hépatique ou rénale sévère ;
- Une insuffisance surrénalienne, que le médecin peut explorer notamment par un dosage du cortisol ;
- Une production excessive d’insuline par une tumeur du pancréas, l’insulinome, rare mais qui représente la cause organique la plus fréquente dans ce cadre ;
- Les hypoglycémies dites fonctionnelles, survenant après les repas, dont le diagnostic suppose d’avoir écarté les autres causes.
Quelles analyses peuvent être prescrites ?
Le bilan d’une hypoglycémie documentée chez une personne non diabétique relève du médecin, et souvent d’un spécialiste. Les examens décrits par les référentiels comprennent :
| Examen | Ce qu’il apporte |
|---|---|
| Glycémie veineuse | Confirme la baisse du glucose au moment des symptômes |
| Insulinémie et peptide C | Indiquent si l’insuline circulante est produite par l’organisme ou apportée de l’extérieur |
| Pro-insuline | Complète l’exploration d’une sécrétion d’insuline inappropriée |
| Bêta-hydroxybutyrate | Renseigne sur l’utilisation des graisses comme source d’énergie pendant le jeûne |
| Recherche de certains médicaments hypoglycémiants | Écarte une prise non signalée ou accidentelle |
| Épreuve de jeûne prolongé | Réalisée en milieu hospitalier, sous surveillance, pour reproduire l’hypoglycémie |
L’ordre, le moment et les conditions de ces prélèvements sont fixés par le prescripteur. Plusieurs de ces dosages n’ont de valeur que s’ils sont prélevés en même temps qu’une glycémie basse : un dosage d’insuline réalisé un autre jour, avec une glycémie normale, n’apporte généralement pas la réponse recherchée.
Préparer une prise de sang pour une glycémie
Pour une glycémie de dépistage, les consignes habituelles de jeûne s’appliquent ; elles sont détaillées dans notre article sur l’analyse de sang à jeun. Dans le cadre d’une exploration d’hypoglycémie, les consignes peuvent être différentes : suivez exactement celles figurant sur l’ordonnance ou données par votre médecin. Quelques réflexes restent utiles dans tous les cas :
- Signaler au laboratoire un diabète connu, les traitements en cours et l’heure du dernier repas ;
- Ne pas modifier ni arrêter un traitement de sa propre initiative avant une prise de sang ;
- Prévenir immédiatement le personnel en cas de malaise, de sueurs ou de tremblements pendant l’attente ;
- Noter les circonstances des malaises (heure, délai après le repas, effort, alcool) pour les transmettre au médecin.
Questions fréquentes
Peut-on faire une hypoglycémie sans être diabétique ?
Oui, mais une vraie hypoglycémie est rare en dehors du diabète traité. Elle se confirme par une glycémie veineuse basse au moment des symptômes, avec disparition de ceux-ci après correction : c’est la triade de Whipple.
Mon lecteur de glycémie affiche une valeur basse : est-ce fiable ?
Pour une personne diabétique, le lecteur sert à réagir selon les consignes du médecin. Pour poser un diagnostic chez une personne non diabétique, les référentiels demandent une glycémie veineuse mesurée au laboratoire.
Pourquoi ma glycémie était-elle basse alors que je me sentais bien ?
Une glycémie basse sans symptôme peut notamment venir d’un tube resté trop longtemps avant centrifugation, les cellules du sang continuant à consommer du glucose. Le médecin décide s’il faut contrôler le résultat.
Les malaises de fin de matinée sont-ils toujours des hypoglycémies ?
Non. Ils peuvent avoir de nombreuses autres causes. C’est la mesure de la glycémie au moment du malaise, interprétée par le médecin, qui permet de trancher.
Que faire devant une personne inconsciente ou qui convulse ?
Appeler immédiatement les secours. Les signes de manque de sucre au cerveau les plus graves sont une urgence médicale et ne relèvent pas d’une prise de sang au laboratoire.
En résumé
L’hypoglycémie n’est pas une impression mais un constat : une glycémie veineuse basse, mesurée au moment des symptômes, avec un seuil qui dépend du fait d’être ou non diabétique traité. Le laboratoire garantit la fiabilité de cette mesure, notamment en maîtrisant le délai de traitement des tubes pour éviter les fausses hypoglycémies. La recherche de la cause, elle, appartient au médecin, qui choisit les examens et le moment de les réaliser.
Cet article a une vocation d’information générale. Il ne constitue ni un avis médical, ni une recommandation de traitement, et les valeurs de référence varient selon les laboratoires et les techniques utilisées. Pour toute question concernant votre santé, consultez votre médecin.
